Comment passer à l'échelle des modèles d'emballages plus durables?



Réduire drastiquement les quantités de déchets que nous produisons est critique pour lutter contre la pollution plastique et atteindre les objectifs de développement durable de l’ONU – ODD 11 « Villes et communautés durables », ODD 12 « Consommation et production responsable » et ODD 14 « Vie aquatique ».

Nous devons dès aujourd’hui transformer notre rapport à l’emballage et développer de nouveaux modèles de packaging durables, respectueux de l’environnement.

La mobilisation de l’ensemble des acteurs est impérative pour innover, déployer et pérenniser les emballages de demain. Ces alternatives sont une opportunité pour les producteurs et les distributeurs d’impliquer les consommateurs et mettre en œuvre une offre de service différenciante et fidélisante.

La réussite de ces nouveaux modèles dépend fortement de l’adhésion des consommateurs : il est donc primordial de construire des modèles qui leur apportent une valeur nouvelle et les aident à transformer leurs habitudes grâce à de nouveaux services.


1. Il est urgent pour les industriels et les distributeurs de repenser le modèle d’emballage actuel


La pollution plastique en chiffres


Dès son arrivée dans les années 1960, le plastique s’est très vite imposé comme un matériau incontournable pour répondre à toutes les fonctions de l’emballage : protection et préservation du produit, garantie de la sécurité sanitaire, transmission d’informations au consommateur.


Aujourd’hui, l’Atlas du Plastique 2020 dresse un état des lieux alarmant de l’utilisation de ce plastique :

Par ailleurs, la majorité des emballages plastiques n’est, à ce jour, pas recyclée ; la France faisant figure de mauvais élève en Europe en ne recyclant que 26,5 % de ses déchets ménagers d’emballages plastiques (CITEO).

Face à cette urgence environnementale, les consommateurs affirment leur volonté de changer leur utilisation des emballages


En 2019, 85 % des Français se déclaraient favorables à l’interdiction des produits et emballages plastiques à usage unique. La vente en vrac, représentant aujourd’hui 1 à 3 % des produits vendus en grandes et moyennes surfaces en France, connait une forte croissance depuis 5 ans : en 2019, le chiffre d’affaires du vrac s’élevait à 1,2 milliards d’euros, soit +41% en un an.


["Le plastique ca n'emballe plus, WWF et EY, 2020 - Dossier de presse Climat et Résilience, avril 2021 - Réseau Vrac/ Nielsen, mai 2021]


Les récentes évolutions réglementaires actent le développement de ces changements d’usage, fixant aux entreprises des objectifs ambitieux de réduction des emballages à usage unique


La directive européenne du 5 juin 2019 relative aux plastiques interdit notamment la mise sur le marché de plusieurs produits en plastiques à usage unique et fixe aux Etats membres un objectif de collecte de 90 % des bouteilles plastique d'ici 2029. Les États doivent transposer au niveau national ces dispositions avant le 3 juillet 2021.

La France a adopté en février 2020 la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (AGEC), complétée par le projet de loi Climat et Résilience. La loi AGEC renforce le principe du pollueur-payeur et interdit les plastiques à usage unique d’ici 2040, avec un calendrier fixant des objectifs progressifs : 5% des emballages réemployés en 2023, 20% de réduction des emballages plastiques à usage unique fin 2025 et 10% d’emballages réemployés en 2027. Quant au projet de loi Climat et résilience, il contraint les commerces ayant une surface de vente de plus de 400m² d’en dédier 20% à la vente en vrac en 2030.

Dès 2021, plusieurs mesures progressives sont appliquées sur le vrac et le réemploi : évolution de la règlementation sur le vrac pour favoriser son développement ; définition de standards d’emballages réemployables pour la restauration, la boisson et le frais ; mise en place d’une consigne pour le réemploi et le recyclage en cas de performance insuffisante de la collecte des bouteilles plastiques en 2023.


[Le décret d'application de la loi pourrait modifier le calendrier et/ou les objectifs dans les prochaines semaines]


2. Les industriels et distributeurs développent des expérimentations de réemploi, sans déploiement à grande échelle pour le moment


Face à la prise de conscience des consommateurs et la pression règlementaire croissante, de nouveaux modes de consommation et de distribution se développent et génèrent des initiatives ciblées :

Ces initiatives sont des premiers pas nécessaires. Mais elles sont encore marginales et peu rentables car elles sont peu optimisées et requièrent des changements sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Structurer de nouveaux modèles nécessite de coordonner des acteurs encore émergents et d’harmoniser certaines pratiques au sein de l’industrie française.

Par ailleurs, ces nouveaux modèles devant transformer les habitudes de consommation, leur durabilité dépend de l’adhésion des consommateurs. C’est pourquoi repenser le produit et le modèle commercial en plus de l'emballage seul est impératif, afin d’éliminer les déchets plastiques tout en apportant de la valeur réelle aux utilisateurs.


3. Pour passer à l’échelle, les nouveaux modèles d’emballage doivent remplir certaines conditions spécifiques


Lors de nos récentes études et travaux, nous avons identifié plusieurs éléments clefs pour le déploiement à grande échelle des modèles de réemploi d’emballages.


Adapter l’expérience utilisateur pour la rendre la plus fluide possible


Le modèle de la vente en vrac modifie l’acte d’achat, rendant nécessaire la conception de nouveaux dispositifs de distribution qui facilitent le service au consommateur, lui transmettent les données produit et l’éduquent dans son acte d’achat en vrac. Parallèlement, il est impératif de former le personnel des points de vente aux tâches de maintenance et nettoyage des distributeurs et, surtout, à l’accompagnement des clients.

Pour la consigne, le changement du parcours consommateur est moindre car porte sur le retour du contenant vide. Le maillage du territoire en points de collecte de proximité est la condition expresse pour inciter les consommateurs à retourner les contenant vides ou, à défaut, un service de collecte à domicile optimisé.


Concevoir un modèle à l’empreinte carbone minimale de bout en bout


Dans l’élaboration d’un modèle d’emballages circulaires, l’analyse de cycle de vie et la mesure de l’empreinte carbone le long de la chaine de valeur sont indispensables. De nombreuses études démontrent qu’un modèle de consigne vertueux permet la réutilisation répétée de contenants verre qui voyagent le moins possible. La logistique de retour doit ainsi s’appuyer sur des acteurs locaux comme Uzaje, dont l’ambition est de mailler le territoire français de ses centres de lavage.


Co-construire un modèle commercial partageant les coûts de manière équitable


La pression règlementaire pour mettre fin au plastique à usage unique concernant tant les industriels que les distributeurs, ces deux parties prenantes doivent co-définir un modèle commercial qui répartisse la valeur, les coûts et les risques de manière équitable.


Mutualiser les infrastructures de logistique au sein de l’industrie


La mutualisation des infrastructures de logistique (collecte, tri, lavage, transport) et la coordination des acteurs pour harmoniser les montants de consigne appliqués aux produits sont deux facteurs essentiels de rentabilité des systèmes de réemploi. Cette mutualisation des infrastructures sera largement facilitée par une standardisation des contenants au sein de l’industrie et l’émergence d’un acteur gérant la logistique du parc d’emballages.