L’économie circulaire, un levier de l'innovation durable et responsable

L’économie circulaire est un vaste domaine, fort de nombreux marchés et leviers pour créer de nouveaux modèles de production et de consommation innovants, durables et responsables.


A défaut d’adaptation de nos modèles économiques linéaires, notre consommation continue et croissante de ressources naturelles non renouvelables mettra en péril notre capacité à assurer un développement permettant à 9 milliards de personnes de vivre sur Terre en 2050, dans des conditions socio-économiques et environnementales acceptables.


L’enjeu est considérable pour l’ensemble des entreprises qui – en plus de ces problématiques environnementales, sociales et économiques – font face à une pression tant règlementaire que sociétale grandissante.


De ces contraintes cumulées et croissantes peuvent naitre des opportunités de transformation, voire de création de modèles économiques innovants, grâce au vaste domaine encore peu mature qu’est l’économie circulaire. Définie par l’ADEME comme un nouveau « système économique d’échange et de production, qui, à tous les stades du cycle de vie des biens et services, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement, tout en développant le bien-être des individus ». L’économie circulaire est ainsi un secteur soutenu par des politiques aux objectifs de plus en plus ambitieux, confronté à des enjeux de réduction des flux – de matières premières et d’énergie – auxquels il convient de répondre par la création de modèles de production et de consommation innovants, allant vers plus de sobriété afin de réduire les déchets et préserver les ressources naturelles.


Comment les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, peuvent-elles explorer de nouvelles opportunités, générer de nouveaux modèles d’affaires et proposer des offres à valeur et vertueuses à leurs clients ?


Le levier clef du développement de l’économie circulaire ? L’innovation.





A) Visant à faire évoluer nos modèles de production et de consommation vers plus de sobriété, l’économie circulaire génère différents leviers de réduction de l’impact environnemental, que les entreprises auront à activer afin de répondre aux défis sociétaux et contraintes règlementaires actuels et futurs



L’intensification des menaces environnementales et la raréfaction des ressources génèrent différents types de risques pour les entreprises… et de nouvelles opportunités dans le vaste domaine de l’économie circulaire, constitué de différents marchés encore peu structurés, où de nombreux modèles d’affaires restent à définir.


Dans une économie linéaire, la raréfaction des ressources se traduit par une accessibilité moindre et une hausse croissante des coûts d’approvisionnement en matières premières, susceptibles de menacer le modèle économique des industries les plus consommatrices de ces ressources. Par ailleurs, les coûts de traitement des déchets générés par ce type de modèle vont augmenter avec le durcissement progressif de la fiscalité environnementale.


Une logique et un modèle fondés sur l’économie circulaire permettent a contrario de maîtriser ces risques sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’approvisionnement en ressources et matières jusqu’à la fin de vie des produits. Particulièrement illustratif de cette problématique, l’Écologie Industrielle et Territoriale est un marché dynamique de grands projets de synergies de substitution et de mutualisation, portés par différentes parties prenantes au sein d’un même site. Ces synergies interacteurs au sein d’écosystèmes territoriaux circulaires ont un double objectif : d'une part, réduire la consommation de ressources et la production de déchets de chacun, et d'autre part, accélérer la réduction de l’empreinte écologique et la décarbonation de l’ensemble des activités des acteurs du site.


1. Le changement des habitudes de consommation remet en cause les modèles économiques traditionnels


L’évolution des comportements et pratiques de consommation, marqués notamment par l’explosion de la consommation collaborative, remettent en cause le modèle économique linéaire tout en ouvrant de nouvelles perspectives de marchés.


Les citoyens-consommateurs attendent des entreprises des offres plus efficientes : moins consommatrices de ressources, tout en étant plus économiques. En France, la forte croissance du marché de la vente en vrac – dont le chiffre d’affaires 2019 est de 1,2 milliard d’euros et la progression de 41% en un an [1] – en est un exemple édifiant. Quant au marché français de la réparation et du reconditionnement d’équipements électriques et électroniques, il représente un chiffre d’affaires de plus de 7 milliards d’euros en croissance continue, sur lequel différentes startups émergent (exemple : Murfy) – dont certaines sont devenues des « licornes » (exemple : Back Market) – avec de grands groupes historiques qui leur emboîtent le pas (exemple : Fnac-Darty).


[1] Réseau Vrac /Nielsen – 04.05.2021


2. La législation évolue rapidement en soutien de l’économie circulaire et définit de nouvelles règles contraignantes pour les entreprises


En application de la directive 2012/19 de l’Union Européenne, la réglementation française favorisant le recyclage des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE), a ouvert la voie à davantage de circularité au sein d’un pan entier de notre économie.


De manière complémentaire, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) de 2020, définit de nouvelles mesures destinées à contraindre les entreprises à « réduire, recycler, réutiliser » : objectif de taux de recyclage du plastique à 100% d’ici 2025, interdiction du plastique à usage unique d’ici 2040, introduction d’un indice de réparabilité (2021) et d’un futur indice de durabilité (2024), extension du périmètre de la REP, autant de dispositions qui entendent accélérer le changement de modèle de production et de consommation afin de limiter les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat.


L’économie circulaire s’impose désormais comme un levier de résilience et de compétitivité des entreprises, générant des opportunités de nouveaux marchés et modèles d’affaires. De quel type d’opportunités s’agit-il ?





B) L’économie circulaire, un levier pour de nouveaux marchés et modèles d’affaires dans tous les secteurs de l’économie



Sept piliers structurent l’économie circulaire, de l’écoconception au recyclage via l’extraction et l’exploitation durable des ressources et la consommation responsable, ainsi que l’écologie industrielle et territoriale, l’économie de la fonctionnalité, et enfin le réemploi et la réutilisation des biens et déchets. Ces différents piliers constituent autant de leviers d’action pour l’atteinte des objectifs de développement durables de l’ONU dans l’ensemble des secteurs économiques.

[Source : ADEME]


1. Des opportunités de nouveaux marchés en forte croissance


Dans la mesure où, dans une économie circulaire, la notion de déchets non valorisés n’existe plus, ceux-ci peuvent représenter de nouvelles sources d’activités et de revenus : des acteurs économiques innovent pour donner une seconde vie aux smartphones, d’autres optimisent le recyclage des plastiques et réutilisent les polymères dans de nouvelles applications, d’autres encore trouvent des débouchés aux déchets inutilisés de biomasse et de gravats de déconstruction de bâtiments en fabriquant des technosols pour l’agriculture urbaine.


L’un des enjeux clefs de ce type de nouveaux marchés réside dans l’optimisation des flux de ressources et matières au sein des différents écosystèmes de production et de consommation. Se développer sur ces marchés impose de sécuriser l’approvisionnement en tout type de ressources, dans un contexte de concurrence croissante en termes d’accès à celles-ci.


Plus généralement, les acteurs privés et publics sont amenés à repenser leur modèle d’activités internes, ouvrant la perspective de nouveaux marchés de services pour l’écoconception, le partage des ressources, le réemploi, la réalisation de synergies à même de développer l’écologie industrielle et territoriale.


2. De nouveaux modèles d’affaires


L’économie circulaire incite également à repenser les modèles d’affaires, dans la mesure où est notamment remis en cause le modèle de la propriété des biens produits : optimiser l’utilisation des ressources se traduit dans certains cas par le partage de l’usage de ces biens avec d’autres utilisateurs. Ces pratiques collaboratives d’échange ou de location de biens et services entre particuliers couvrent désormais tous les domaines de la vie quotidienne et s’ancrent de plus en plus dans les habitudes de consommation des Français : dès 2015, 9 Français sur 10 déclaraient avoir déjà réalisé au moins une fois une pratique de consommation collaborative. [2]


Ce modèle est attractif pour de nombreuses entreprises de production de biens et services, d’autant plus que le développement des solutions numériques permet de disposer d’une connaissance plus fine des besoins et attentes des consommateurs-citoyens, voire de quantifier et qualifier l’usage de ces biens, dont la durabilité devient clef.


Devenir un acteur significatif sur un ou plusieurs marchés de l’économie circulaire implique le développement d’innovations rupturistes nécessaires au déploiement de nouveaux modèles d’affaires, d’expertises inédites, de modèles organisationnels et opérationnels repensés… afin d’assurer un avenir responsable et soutenable à bientôt 9 milliards de Terriens.


[2] Enjeux et perspectives de la consommation collaborative, DGE, 2015